Expert Jean Gauchet explique Kangxi Porcelaine

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    Expert Jean Gauchet explique Kangxi Porcelaine

    Expert de l’art chinois Jean Gauchet explique dans une brève dissertation l’histoire et les nuances du 17ème et 18ème siècle Kangxi porcelaine, et son impact sur le marché de l’art chinois aujourd’hui.

    PORCELAINES KANGXI «BLEU ET BLANC »

    Le long règne de l’Empereur Kangxi (1662-1722) est souvent synonyme pour de nombreuses personnes de « l’époque dorée » des porcelaines Qing, qui sont essentiellement les articles bleu et blanc. Sous l’Empereur Kangxi, la porcelaine a subi une évolution considérable sur une période de soixante ans. Suite à l’arrivée de Zang Yingxuan, le directeur de la fabrique impériale récemment rénovée à Jingdezhen in 1683, ces porcelaines évoluent pour passer de la Période de transition caractérisée par des pièces charpentées à l’élégance opulente de la période mi- Kangxi, pour finir avec le goût plus raffiné et discret des dernières porcelaines – qui ont marqué le début de l’époque Yong Zheng.

    Les fours de la dynastie Qing utilisent presque intégralement des matériaux de glaçage artisanaux. Le cobalt terrestre provient de Zhejiang, Jiangxi, Guangdong et Guangxi. Les pièces bleues sous-émail de l’époque Kangxi utilisent du cobalt qui provient de Zhejiang. La couleur est limpide et se décline en plusieurs teintes, ce qui créée un effet à trois dimensions sur la surface de la porcelaine qui renforce la délicatesse et l’harmonie du dessin.  Un seul procédé de cuisson à haute température est requis. L’histoire des porcelaines « bleu et blanc »remonte à la dynastie Tang Les fours de Jingdezhen ont conservé la tradition de la dynastie Yuan, mais c’est pendant la dynastie Qing et le Règne de l’Empereur Kangxi que ces pièces chinoises « bleu et blanc » ont connu leur apogée à la fois en qualité et en quantité. Tous les styles esthétiques pendant la dynastie Ming ont été remis au goût du jour. Avec les porcelaines « bleu et blanc » d’époque Kangxi, la couleur bleue atteint le summum de sa qualité, et on l’a qualifié de « bleu saphir », très limpide et pur comparé aux époques précédentes.

    Il convient de rajouter que les artisans de l’époque Kangxi étaient extrêmement doués pour appliquer la glaçure bleue de sorte à créer des teintes différentes et de nombreuses couches et dimensions. Les pièces de l’époque impériale contenaient en règle générale un bleu pur qui se décolorait graduellement en blanc à la limite des images. Les pièces provinciales étaient caractérisées par une coloration bleu grisâtre. Les motifs typiques sur les pièces impériales comprenaient des arabesques, des fleurs en forme de médaillon, des formes de nuage, des dragons, un Phoenix, etc. Les pièces provinciales étaient décorées davantage avec des personnages historiques et des histoires, et des scènes de la nature.

    Le nom de l’Empereur de l’époque Kangxi était Xuanye AIXIN-JUELUO ou Hiowan Yei AISIN-GIORO, en Manchou. Il est né le 4 mai 1654 et il était le fils du dernier Empereur Shunzhi, qui est décédé alors qu’il avait qu’une vingtaine d’années. C’était le deuxième empereur de la dynastie Qing qui a régné sur la Chine. Son règne a duré 61 ans. Le style Kangxi ne semble pas avoir été copié au cours du XVIIIème siècle. La raison pourrait en être que les Empereurs Yongzheng et Qianlong se sont concentrés avant tout sur leur propre image et ont estimé que leurs propres dessins de porcelaine étaient supérieurs à ceux des époques précédentes.

    Au début de la période Kangxi, on rencontre occasionnellement la marque Ming à six personnages de Chenghua, ainsi que parfois Jiajing, mais vers la fin du règne, la marque kaishu à six personnages est celle qui est le plus fréquemment utilisée. Toutes les marques authentiques de l’époque Kangxi doivent comporter six personnages. La seule marque authentique à quatre caractères “Kangxi Nian Zhi” se termine par une bordure carrée avec une ligne double et est utilisée uniquement pour des pièces décorées à l’atelier du palais, ce qui constitue le plus haut niveau de porcelaine impériale. Toutes les marques à quatre personnages de l’époque Kangxi sans le cadre datent de l’époque Guangxu (1875-1908) où la marque kaishu à quatre personnages était monnaie courante.

    Le but principal de l’Empereur Kangxi semble être de retrouver des exigences de qualité qui étaient perdues depuis longtemps, et d’utiliser des techniques ancestrales d’une manière moderne. Les porcelaines « bleu et blanc » ont toujours été fabriquées à Jingdezhen, mais l’Empereur Kangxi avait déjà engagé un peintre de talent, Liu Yuan (1638- 1685), pendant une dizaine d’années, avec la mission de reconstituer des dessins. Cette démarche de faire appel à un dessinateur, qui est monnaie courante aujourd’hui, était révolutionnaire à l’époque. Elle a donné le coup d’envoi de la décoration de la porcelaine.  Même si Liu Yuan a travaillé pour les fours de cuisson impériaux, ses dessins se retrouvent sur d’autres articles produits commercialement et qui ne portent pas la marque du règne.

    Certains collectionneurs ont du mal à faire la différence entre la porcelaine chinoise « bleu et blanc » d’époque Kangxi et les articles de la période de transition qui lui a précédée. Il y a quelques méthodes qui permettent de faire la distinction entre les deux. Dans les scènes d’extérieur sur les pièces de l’époque de transition, l’herbe est toujours dépeinte avec des formes en “V” ; les pièces « bleu et blanc » de la période de transition ont souvent une bordure incisée “an-hua” et certaines formes sont caractéristiques de chacune de des périodes. Dans le cas des pièces les plus raffinées de la porcelaine de transition, le dessin des personnages est plus « précis » que celui que l’on trouve sur les « bleu et blanc » de l’époque Kangxi.

    Il est assez facile de comprendre les pièces « bleu et blanc » par leur forme. La plupart des formes sont standardisées, élégantes et axées sur le goût des spécialistes, et reflètent la noblesse de la porcelaine impériale. Si les formes ne sont pas limitées à des bouteilles, des cruches, des assiettes creuses, des vases et autres modèles, il est rare cependant de rencontrer des pièces qui ne font pas partie de cette catégorie. Même quand les fabricants de porcelaine se sont lancés dans des couleurs et formes plus avant-garde durant les règnes de Kangxi, Yong Zheng et notamment Qianlong, les formes des porcelaines « bleu et blanc » sont restées relativement constantes.  Le vase guanyin, le vase maillet, le vase gobelet, la jarre taibai, le vase garni d’une feuille de saule sont tous des exemples de l’époque Kangxi.

    Sous le règne de l’Empereur Kangxi, le commerce extérieur a été rapidement relancé et a commencé à se développer. Après 1680 après Jésus Christ, les marchands européens se sont mis à nouveau à acheter activement des porcelaines, après que les fours de Jingdezhen aient été rénovés en vue de fabriquer à nouveau des porcelaines de qualité. Les Chinois exportent de la porcelaine depuis la fin du XVIIème siècle y compris notamment des articles « bleu et blanc » ainsi que la famille verte. Ceux-ci comprennent des garnitures de vase, des articles pour le thé, des aiguières, des plats, etc. Ces porcelaines exportées, ainsi que les porcelaines Blanc de Chine et les articles en grès de Yixing ont été source d’inspiration pour de nombreux artisans européens. Pendant l’époque Kangxi, la palette « bleu et blanc » et celle de la famille verte étaient les seules méthodes de décoration des porcelaines destinées à l’exportation.

    Les motifs des articles destinés à être vendus en Chine et ceux destinés à l’exportation sont quasiment les mêmes, mais la composition typique pour décorer une assiette ou un plat est assez chargée. Ils comprennent des panneaux sur le bord, où seront dessinés des motifs supplémentaires. Il y a également des articles avec une forme visiblement européenne.

    Canton était le port attitré avec lequel la plupart des européens étaient autorisés à commercer en Chine. C’est en 1699 que l’Empereur Kangxi a autorisé les anglais à acquérir des biens, essentiellement des porcelaines « bleu et blanc » et du thé à Canton pour le ramener en Angleterre. Les anglais furent les premiers à construire une usine de fabrication. D’ici la deuxième moitié du XVIIIème siècle, une série d’usines portant chacun le pavillon de son pays ; anglais, hollandais, français, suédois, danois, etc. a été construite, et la porcelaine qui y était produite comportait souvent des scènes de bords de rivière.

    Les consommateurs européens étaient de plus en plus désireux de recevoir des porcelaines décorées avec des thèmes européens, notamment ceux qui figuraient sur des gravures réalisées par des artistes européens. Ceux-ci sont notamment : des scènes pastorales européennes, des thèmes religieux tels que la crucifixion et la Résurrection de Jésus, des événements historiques t nautiques. Un autre thème populaire a montré la perception européenne des chinois qui s’engagent dans diverses activités domestiques. Le commerce de l’export a atteint des sommets en 1750, mais s’est maintenu jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Les assiettes « bleu et blanc » réalisées spécialement pour l’exportation à partir de 1760 ont en général une bande décorée sur le bord.